ARTICLE


“Marat nous écrit”


Retranscription par le comité rédactionnel du site

                                                   

© PÔLENORDGROUP - 2012/2013


L’article qui suit - qui a bien amusé notre public, toujours curieux - a paru dans le journal Le Soir, rubrique «Bruxelles en scène», en février 1989.


Le voici mis en ligne sur ce site.


Le samedi 7 février 1989,

un rédacteur du journal Le Soir de Bruxelles publie ceci, sous le titre :

«Marat nous écrit»


«Le courrier recèle parfois de ces surprises… Pas plus tard qu’hier, tiens, savez-vous ce que je reçois ? Une lettre du citoyen Jean-Paul Marat !

Nous avions rendu compte de la première du spectacle L’Ami du Peuple qui lui est consacré * et est basé sur ses textes. On aimait bien ! Mais tout le monde fut-il du même avis ?

Le courrier que nous adresse le citoyen Marat laisse entendre que le spectacle aurait fait grincer des dents quelques sempiternels adversaires. En quels termes?

Voyons.


«Infâme, mille millions de fois infâme coquin… Perfide complice des ennemis

de ma patrie… Chef des brigandages souillé de mille crimes… »


Mais d’autres lecteurs de ses pages lui auraient témoigné leur estime:

«Digne défenseur de la patrie… Intrépide révolutionnaire…Implacable ennemi

de la tyrannie… »


En fait, ces citations sont extraites de lettres que Marat lui-même a publiées dans son journal et, qu’en guise de clin d’œil, l’équipe du spectacle a envoyées aux journalistes qui avaient rendu compte de la première représentation.


  1. *Note : Spectacle monté et diffusé en 1989-1990 en Belgique et en France par PÔLE NORD sur base du texte que le lecteur trouvera sur ce site dans la RUBRIQUE: Textes numérisés - Ouvrages de Pôle Nord sur Marat : «Chantier Marat 2»

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Voici donc ces différents extraits rassemblés par Marat lui-même

dans son Publiciste de la République française

Nous sommes en 1793 !


Le Pour et le Contre

Puisque je suis sur ce chapitre, il faut que je mette sous les yeux de mes lecteurs quelques-unes des lettres les plus originales dont je suis inondé chaque jour. Ils y verront l’extrême différence de l’opinion des Français sur mon compte.


À MARAT,

Digne défenseur de la patrie, ta position a un instant inquiété les vrais amis de la république. Chacun, en son particulier, craignait que le zèle que tu as manifesté pour la défense de nos intérêts, en dénonçant les traîtres, ne te devint funeste. […]

Mais aujourd’hui, tu as montré à nos ennemis la pureté de tes sentiments et les braves citoyens de Paris ont secondé notre intention, en te portant en triomphe dans le sanctuaire des lois. La société t’invite, au nom sacré de la patrie, à continuer ta vigilance, et tu mériteras éternellement le titre de père du peuple.


La société des amis de la liberté et de l’égalité de Belley



AU CITOYEN MARAT, DÉPUTÉ À LA CONVENTION NATIONALE


FRÈRE ET AMI

Vous voir dénommé dans tous les journaux sous de très différentes couleurs nous fit dire : «Il a des talents supérieurs ou il est ami de la patrie». Dans ces deux cas, il n’est pas étonnant  qu’il soit calomnié, et persécuté. Comme lui, nous l’avons été et sommes encore à cause de notre civisme. Partant, il est un de nos frères, engageons-le à correspondre avec nous, ce sera une sentinelle patriotique que nous aurons de plus, toujours surveillante aux moindres mouvements de nos ennemis.

Nous aurons peut-être de fausses alertes, tant mieux, elles empêcheront les surprises, car l’homme sincèrement épris des charmes de la liberté est comme un amant jaloux qui s’affecte de la moindre chose, par la crainte qu’il a que les séductions de ses rivaux ne lui enlèvent l’objet de son amour. Voilà l’appréciation que nous avons faite des calomnies lancées contre vous.

Votre opinion sur le jugement de l’ex-monarque, que nous a envoyée le citoyen Lacoste, votre collègue à la Convention, nous a donné une plus grande certitude de vos lumières. Et a raffermi nos sentiments de fraternité et d’amitié à votre égard.


La société populaire des amis de la liberté et de l’égalité,

séante à Bort, département de la Corrèze



À MARAT,

Infâme, mille millions de fois infâme coquin, le plus vil des scélérats, quand ton digne peuple te porte en triomphe, tous les bons Français t’abhorrent. Je sais avec eux qu’on ne peut te punir par l’opinion. Il y a longtemps que tu as abjuré tous sentiments d’honneur, de probité, d’humanité mais ta tête impure, infiniment coupable, tombera, nous l’espérons, sous le glaive vengeur de la souveraineté nationale. Les poignards des assassins qui t’entourent et que tu aiguises continuellement ne t’en garantiront qu’un temps. Ton infâme et insatiable ambition te conduira à l’échafaud que tu as bravé jusqu’ici, quoique trop mérité, et à l’exécration des siècles à venir.



À L’AMI DU PEUPLE,

Brave Marat, autant ta disgrâce avait causé de douleurs aux sans-culottes de Nîmes, autant le nouveau triomphe que tu viens de remporter sur tes vils ennemis leur a porté de joie, c’est un témoignage que nous sommes chargés de te rendre en leurs noms. Nous te le portons avec empressement, persuadés qu’il te servira à vaincre tes détracteurs et les nôtres. […]


Que ta mâle éloquence, secondée de cette énergie qui te caractérise, fasse rentrer dans le néant tous ces partisans de l’intrigue, de l’ambition, qui ne sont rien moins que des contre-révolutionnaires.

Les membres du comité de correspondance de la société populaire de Nîmes


À MARAT, DICTATEUR

Un dictateur ou un tyran, pour les Français, c’est la même chose. Crains la punition que promettent les vrais républicains à celui qui oserait s’emparer de ce pouvoir odieux.

Dirar-Brutus


À MARAT

Perfide complice des ennemis de ma patrie, jusqu’à quand abuseras-tu, à l’exemple du Catilina romain, et de la patience et de la dignité du sénat français ?

Apprends que la nation française, jalouse de la dignité de ses représentants, va se lever toute entière, pour anéantir les factieux de Paris et relever sur leur ruine la majesté de la Convention. […] Tremble, tout est conjuré contre toi.

L’orage ne doit pas tarder à éclater, il vengera les crimes de Paris, réunis aux tiens, par la destruction totale de cette cité indigne de la liberté et odieuse à tous les Français. Déjà les fiers Girondins, et les féroces habitants du Jura, nés pour le fer et les combats, vont diriger leurs pas contre cette ville patricide.


Et toi, principalement, Marat, toi, l’auteur de tant de maux, quel tribut ne payeras-tu pas, toi, le chef des brigandages que nous punirons en gémissant. Malheur à toi, si la vengeance ne peut t’atteindre, c’est alors que ton cœur, souillé de mille crimes, c’est alors, dis-je, que toi, coupable plus qu’aucun et d’avilissement de la Convention et du sang de tant d’innocents, expiera justement dans les tourments dus au plus scélérat des hommes.

Le Républicain P. Yliape, de la société républicaine, séante à Orgelet


CITOYEN MARAT, SALUT

Pardonne si j’interromps un instant tes travaux pour te payer le tribut de la reconnaissance que te doit tout bon citoyen, tant pour [les] services que tu rends journellement à la chose publique que pour les peines que tu te donnes pour défendre la cause des opprimés.


Je te salue, homme respectable et simple comme la nature. Je profite d’un instant de liberté pour te faire part de la joie que m’a causée ton triomphe. Tu dois être convaincu que le vrai peuple n’est point ingrat. Il sait ce que tu fais pour lui, il t’a rendu justice. Tu peux donc compter autant de défenseurs et d’amis qu’il y a de vrais sans-culottes. Ils t’aiment et t’estiment ce que tu vaux. Sois assuré qu’ils ne souffriront pas que les coquins lâchés parmi eux par la faction infernale exécutent leurs projets. Ton existence les gêne, nous le savons. Ta vie est chère, ils le savent.

Continue en paix ton active surveillance et sois bien pénétré des sentiments des sans-culottes qui sont tels que, si tant d’efforts dirigés vers le bien commun devenaient inutiles et que toi et tes collègues fussent poussés à bout par l’infâme faction, tu verrais des milliers de défenseurs vous faire un rempart de leurs corps pour ménager des jours utiles à l’humanité.

Marigin


REPRÉSENTANT DU PEUPLE,

Courage, imperturbable Ami du Peuple, implacable ennemi de la tyrannie, reçois les assurances de l’éternel dévouement d’un de tes défenseurs.

Les intrigants sont parvenus à égarer encore une fois l’opinion de mes concitoyens, la société républicaine s’est encore une fois laissée endormir par le feuillantisme de nos hommes d’État.

Si nous eussions eu un exemplaire de la correspondance de Roland depuis le 10 août, […] le rolandisme, le brissotisme, le girondisme seraient anéantis. Nous espérons que tu n’abandonneras pas tes frères, tes amis.

Je pense, citoyen, que le meilleur remède à opposer à ce poison, c’est la lecture des patriotes qui, comme toi, écrivent, non pour soi, mais pour la chose publique. […]


J.B. Dutaut, secrétaire de la société républicaine, Legers à Fleurence


Observations de l’Ami du Peuple


«Je ne ferai que deux observations sur ces différentes lettres, les voici. Prétendre plaire à tout le monde est d’un fou, mais prétendre plaire à tout le monde, en temps de révolution, est d’un traître. Je n’ai jamais rien fait pour m’attirer des applaudissements des amis de la patrie mais je n’attache de prix qu’à leurs suffrages. Quant aux malédictions des ennemis de la liberté, je m’en ris. Ne pouvant les convertir, je désire les voir périr de douleur à l’aspect du triomphe de la cause du peuple.»